Sarah BERNHARDT (1844-1923)

Lot 143
28 000 - 35 000 €
Résultats sans frais
Résultat: 81 000 €

Sarah BERNHARDT (1844-1923)


Autoportrait en chimère, encrier.
Epreuve en bronze ciselé à patine brune.
Signée et datée 1880 à droite sur la terrasse.
Cachet de fondeur « Thiébaut frères - Fondeurs - Paris » sur la terrasse.
30 x 30,5 x 34 cm.
Encrier complet avec son couvercle composé de deux livres superposés.
Provenance:
- Collection particulière.
Bibliographie:
- Pierre Kjellberg, Les bronzes du XIXe siècle, Paris, Les éditions de l'amateur, 1996, p.92.
- Los Angeles County Museum of Art, The Romantics to Rodin, French Nineteenth-Century Sculpture from
North American Collections, exhib. cat., Los Angeles, 1980, pp. 141-143.
Autres exemplaires connus dans les collections publiques:
- Musée des Beaux-Arts de Boston - Helen et Alice Colburn fund.
- Un exemplaire connu comme étant dans les collections de la Reine Mary d'Angleterre.
- Un exemplaire en plâtre teinté au musée Carnavalet, Paris.
Conçu en 1879-1880, «L'Encrier fantastique» fut exposé cette même année à Londres dans une rétrospective monographique sous le patronage du Prince de Galles (33 Picadilly), puis l'année suivante à New-York (Union League Club).
L'objet troubla la critique, sauf l'écrivain Emile Zola qui en prit la défense: sa singularité stylistique et morale était peu faite pour séduire un public bien-pensant, l'histoire de l'art l'a aujourd'hui replacé comme un chef d'oeuvre de l'artiste et une icône de la sculpture symboliste.
L'objet est assez éloigné de son inspiration plus académique: allégories (La Musique, Le Casino de Monte Carlo), sujets de genre (Après l'orage - Une paysanne bretonne portant son fils foudroyé), portraits de son entourage et de ses amis (le peintre
Clairin, son amie de coeur Louise Abbema, le journaliste Émile de Girardin, l'auteur dramatique Victorien Sardou).
Il ne fut pas l'objet d'une commande particulière mais marque la volonté de Sarah Bernhardt de donner une représentation d'elle-même et cela sous une apparence fantastique, créature à la fois humaine et inhumaine, réelle et surréelle.
En 1889, Sarah Bernhardt vient d'interpréter le rôle de Blanche de Chelles dans la pièce d'Octave Feuillet Le Sphinx. Cette dernière porte une bague en forme de sphinx qui enferme du poison. Le caractère diabolique et mystérieux de Blanche impressionne l'actrice et résonne avec ce qu'elle percevait de sa propre personnalité. Le critique de théâtre Jules Lemaître ne décrit-il pas Sarah comme «une créature distante et chimérique, à la fois hiératique et serpentine, avec une séduction tout à la fois mystique et sensuelle»?
Mais l'Encrier fantastique illustre aussi le regard que toute une génération d'artistes et d'écrivains fin-de-siècle ont porté sur le caractère maléfique de la femme séductrice, souvent représentée en chimère ou en sphinge, en référence à des mythes anciens et lointains. On peut facilement accorder notre sculpture aux peintures contemporaines de Gustave Moreau et d'Odilon Redon.
Sarah Bernhardt se représente avec son beau visage fin, son nez aquilin et sa chevelure ondulée, mais pourvue d'ailes de chauvesouris, d'une queue et de pattes de griffon, une tête de mort accrochée à son corsage. Sur ses épaules, les masques grecs de la tragédie et de la comédie rappellent sa vocation artistique.
Ainsi la femme, l'actrice et le mythe diabolique sont-ils associés en une chimère fabuleuse et inquiétante.
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